Entretien, par Sabrina Kassa

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Émeutes en France en 2005 et en Grande-Bretagne récemment, révoltes dans les pays arabes, mouvement des Indignés en Espagne : l’anthropologue explique comment des jeunes, exaspérés, se mettent en danger face à un pouvoir indifférent et répressif.

Regards.fr : Pensez-vous que la France est à l’abri de nouvelles révoltes populaires ?

Alain Bertho : Personne n’est à l’abri. Depuis plusieurs années, ils y a des émeutes partout dans le monde, et de plus en plus. J’en ai comptabilisé 540 en 2009, 1250 en 2010 et plus de 1000 depuis le début de cette année. Leurs points communs, c’est la présence massive des jeunes, le mode opératoire (visible dans les vidéos mises en ligne sur youtube souvent par les émeutiers eux mêmes) et des déclencheurs récurrents comme la mort d’un jeune. Partout dans le monde, la jeunesse est considérée comme un problème à résoudre et non comme une promesse d’avenir. Partout dans le monde, même si les modalités nationales sont diverses, on connaît une crise de la représentation politique. Ce que cette jeunesse exprime par des actes, ce sont des colères qui ne trouvent plus de mots ni de porte-parole dans le système politique officiel. Si, en 2005, il y a eu des émeutes en France, ce n’est pas seulement dû à des conditions objectives telles que la pauvreté, le chômage des jeunes, la relégation des quartiers, le harcèlement par la police... – tout ça existe toujours, mais il n’y a pas des émeutes partout et tout le temps –, mais aussi parce qu’aucune force politique n’était là pour les soutenir et même, au contraire, il y avait un consensus total pour leur tenir un discours disciplinaire et condamner leur révolte.

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